Les dreadlocks, un véritable aimant à femmes

J’ai commencé l’interview en demandant à Kevyn dans quel état d’esprit il se trouvait? À bien y penser, je crois que c’était plutôt une question que je me posais à moi même. Le fait d’interviewer un homme noir, africain sur un sujet comme la beauté, l’entretien des cheveux n’est pas forcément évident. Même si au départ j’étais très enthousiaste, j’avais quand même beaucoup d’appréhensions. Dans quel esprit réaliser le shooting-photo? Est qu’il allait coopérer lorsque j’allais lui demander de prendre certaines poses, par exemple jouer avec ses cheveux? Parler de beauté, de cheveux avec un homme est un exercice auquel je ne suis pas habituée, auquel nous ne sommes pas habitués : il faut le dire, porter ses cheveux longs pour un homme en Afrique est souvent mal perçu. Beaucoup de jeunes hommes africains sont pourtant séduits par cette idée mais hésitent à faire le pas à cause du regard qui sera posé sur eux. D’autres font néanmoins fi de ce tabou et s’assument fièrement avec leurs cheveux. Kevyn fait partie de cette catégorie là. Jeune Montrealais, originaire du Congo et ayant vécu en Côte d’Ivoire, Kevyn a gracieusement accepté de partager avec nous son expérience avec ses dreadlocks : pourquoi il a adopté cette coiffure, la signification qu’elle a pour lui mais aussi, ses pratiques pour les entretenir. Dans la première partie de l’article, il nous expliquera d’abord comment les dreadlocks sont pour lui une coiffure qui représente le pouvoir, un symbole biblique de puissance et de modernité, bref une coiffure qui est très appréciée de la gent féminine. Dans la deuxième et dernière partie de l’article, nous discuterons plus de l’entretien de ses locks : comment il les a commencé, quels produits il a utilisé tout le long pour s’en occuper et quelques uns de ses défis qui s’imposent à lui en tant qu’homme qui porte des locks. À la fin de l’article, il partagera avec nous, ses conseils ultimes pour toutes les personnes qui veulent commencer ou portent des dreadlocks.

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Kevyn à son arrivée sur notre lieu de rencontre

Kevyn est arrivé sur notre lieu de rencontre, sur son skateboard, ses longs cheveux détachés. Je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer l’aspect jeune, urbain, et branché qu’il avait dans l’ensemble. Je trouvais que ça «clashait» énormément avec l’idée que nous créons parfois dans notre imaginaire sur les personnes qui portent des dreadslocks à savoir qu’ils sont un groupe à part, avec des pratiques à part et un mode de vie différent. Je peux vous dire que du premier coup d’oeil, Kevyn détruisait tous ses clichés.

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Skateboard

Les locks, un symbole biblique de puissance

Qu’est-ce qui t’a poussé à faire des locks? Ma question avait l’air innocente, mais elle ne l’était pas vraiment. C’est facile pour moi d’expliquer pourquoi l’afro est une coiffure incontournable pour les noirs, comment cette seule coiffure peut envoyer un message fort, de revalorisation de soi, d’acceptation de soi. Mais pour ce qui est des locks par contre, c’est encore difficile : il y a toujours une part de mystère qui entoure cette coiffure à mes yeux.

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Les locks et leur aura de mystère

C’est un peu compliqué à expliquer, m’a répondu Kevyn : « Pour beaucoup de personnes dans mon entourage, avoir des cheveux longs, ce n’est pas masculin. Je ne pense pas comme ça. J’ai toujours vu les locks comme une coiffure qui inspire le respect et la puissance. mes cheveux ressemblent littéralement à la crinière d’un lion quand ils sont détachés! » Ce n’étaient vraiment pas des paroles en l’air que Kevyn prononçait. Certaines références bibliques prouvent qu’il n’a absolument pas tort. Je pense à l’histoire de Samson dans la bible, dont la force résidait dans ses dreadlocks : « J’ai vraiment aimé l’histoire de Samson et le fait que ses cheveux représentent toute sa force. Je peux dire que ça m’a beaucoup motivé à faire moi aussi des dreadlocks».

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Comme la crinière d’un lion

Il y a eu aussi le rappeur Lil Wayne qui était très populaire à l’époque où il était plus jeune, qui l’a également inspiré à adopter cette coiffure, mais dans l’ensemble, ces références bibliques et historiques l’ont également beaucoup motivé. D’ailleurs, ses recherches sur les locks lui ont appris que la coiffure était largement adoptée par plusieurs africains à une certaine époque, et encore aujourd’hui. C’est à se demander pourquoi elle est encore sous appréciée aujourd’hui?

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L’Afrique, les hommes et les dreadlocks

Depuis tout petit, Kevyn a pris l’habitude de garder ses cheveux longs. Que ce soit des nattes, des queues de cheval ou encore un «curly», il a essayé beaucoup de styles différents avant de finalement adopter les locks. Et pourtant, il est né de deux parents africains, congolais. Forcément j’étais vraiment curieuse de savoir si ces locks étaient bien reçues dans sa famille. Pour avoir moi-même grandi au Bénin, je sais que ça ne te prend pas beaucoup de centimètres de cheveux sur la tête, pour récolter des regards désapprobateurs. Kevyn, ayant lui grandit en Côte d’Ivoire, je me disais que l’expérience devrait être plus ou moins similaire.

Ce qu’il m’a expliqué, c’est que parce qu’ils avaient déjà vécu au Canada, avant de retourner vivre en Côte d’Ivoire, ses parents avaient développé une certaine ouverture d’esprit et toléraient ses cheveux tant qu’il avait un bon comportement à côté. Par contre, il y a toujours une petite résistance du côté paternel : son père aurait quand même préféré qu’il n’ait pas des cheveux longs. Lorsqu’il rend visite à sa grande famille paternelle également, il s’assure de garder ses cheveux attachés pour ne pas trop brusquer les siens. Dans le cas contraire, il peut être certain qu’il aura des remarques de désapprobatrices sur ses cheveux. On est ouvert mais faut pas trop pousser non plus 😀

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Kevyn, les cheveux attachés

À l’école, ce n’était pas non plus évident avec ses responsables, directeurs et autres. « Je me rappelle de la directrice de l’école dans laquelle j’allais en Côte d’Ivoire. Elle avait une aversion réelle contre les choses comme les cheveux trop longs, les jupes trop courtes … Tous les garçons qui portaient des locks dans l’école étaient constamment en train de la fuire, on se cachait dans les toilettes, partout où on pouvait lorsqu’elle était dans les parages, parce que si tu te fais prendre, c’est les ciseaux direct. En Afrique, les professeurs, c’est un peu comme ta deuxième famille, donc ils sont responsables de ton éducation également» Bon, pour apporter un peu plus de positif à ce tableau, disons que du côté de ses amis, ça passait quand même assez bien. La plupart trouvaient sa coiffure plutôt cool, et beaucoup ont même commencé des locks après lui.

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Les locks, une coiffure assez cool

Les femmes et les locks

Je n’irai pas jusqu’à dire qu’avoir des locks ou des longs cheveux, ça attire les femmes, mais disons que ça aide un peu quand même :D. D’abord, pour entretenir tes cheveux, tu es obligé de fréquenter certains endroits particulièrement prisés par la gent féminine : les boutiques de produits capillaires ou encore des salons de coiffure. Cela t’amène donc forcément à être souvent entouré de femmes. Et pour ce qui est du salon de coiffure, Kevyn est un grand habitué, lui qui porte ses cheveux longs depuis longtemps : « J’ai toujours eu l’habitude de me faire coiffer au salon depuis que je suis tout petit. C’est devenu naturel, même si je suis souvent le seul garçon à y être, je ne le remarque même plus. Et l’expérience n’est pas déplaisante non plus, il y a beaucoup de femmes qui n’hésitent pas à se rapprocher de moi pour me faire des compliments sur mes cheveux».

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Le coquin m’a même dit entre deux éclats de rire que les dreadlocks étaient un un véritable aimant à femme : « C’est un aimant à femmes les dreadlocks. C’est fou, mais c’est vrai. Avoir des cheveux longs pour un garçon, ça augmente beaucoup son charisme. » Même lorsqu’il était encore tout jeune à l’école, il avait déjà fait cette remarque : « Mes professeurs avaient souvent des avis très mitigés sur mes dreadlocks : les femmes me disaient souvent que c’était très beau, mais les hommes…ça passait beaucoup moins bien». Bon ben…maintenant que nous savons que les dreadlocks, ça plait aux femmes, messieurs, vous savez ce qu’il vous reste à faire! :D.

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L’entretien des locks

Il est possible de commencer des locks sur des cheveux défrisés

Le retour au naturel n’est pas une expérience réservée exclusivement à nous, mesdames. C’est ce que l’expérience de Kevyn m’a appris dès le début de notre discussion. Laissez-moi vous raconter la petite histoire : ça fait 4 ans maintenant qu’il porte des locks, sauf que à l’époque où il les a commencées, il avait les cheveux…défrisés. Oui oui oui, c’était une grosse surprise pour moi également. Son entourage pensait d’ailleurs la même chose, que ce n’était pas possible de commencer des locks de cette façon : «J’ai commencé mes locks avec mes cheveux défrisés. Il y a beaucoup de personnes qui me disaient que ce n’était pas possible de le faire, mais dans ma tête c’était : je veux des locks, je vais en faire.» Il a donc commencé ses locks en faisant des twists (vanilles) sur ses cheveux défrisés.

Le début de ses locks et leur entretien (la période de transition)

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Sur cette photo, ses locks ont déjà pris forme

Qui dit retour au naturel dit également période de transition n’est-ce pas? Pour sa transition vers les locks, Kevyn a commencé en tressant simplement ses cheveux défrisés en twist (vanilles). Ensuite, comment s’y est-il pris? Il a tout simplement laissé ses tresses, les vanilles « s’abîmer» pendant 8 à 9 mois environ pour donner le temps aux cheveux de vraiment prendre les locks. Ce n’était pas forcément évident à faire, parce qu’il m’a avoué que ses cheveux étaient très fins de nature, en plus d’être lisses à l’époque… «Je ne faisais rien de spécial avec les cheveux, je les lavais régulièrement et je les laissais juste libres. Mais cette transition était vraiment une étape nécessaire pour qu’ils commencent à lockser, parce que j’ai les cheveux très fins de nature et ils étaient très lisses».

Pour entretenir ses cheveux durant sa période de transition, Kevyn s’était concocté un petit spray nourrissant pour hydrater ses cheveux au quotidien. Cette potion contenait de l’aloe vera, de l’huile de noix de coco et de l’eau :  « J’avais adopté ce pray pour vraiment renforcer mes cheveux à cause du défrisage qui les fragilisait beaucoup. Je pense que le spray a fait beaucoup de bien à mes cheveux. Ça leur donnait une belle allure soyeuse»

Après 8 mois de transition, Kevyn a choisi d’aller dans un salon de coiffure pour se faire faire les locks professionnellement : «Les coiffeuses ont utilisé la technique du crochet pour arrondir les bouts de mes cheveux qui étaient lisses et former les locks. Je me rappelle que ça nous a pris six heures de temps pour y arriver, et pourtant elles étaient 3!»

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«Il existe plusieurs méthodes pour faire des locks. Les deux méthodes les plus connues consistent à juste tourner les cheveux sur eux même ou utiliser la technique de l’interlocking. Le problème avec la première méthode, c’est que quand tes cheveux sont lisses comme les miens, ils ne tiennent pas. Cette technique marche mieux avec les cheveux crépus, typiquement africains : ils suffit juste de les tourner sur eux-même et ils arrivent à tenir. Moi j’ai choisi la technique de l’interlocking. Ça consiste à prendre le bout de ton cheveu, le faire rentrer dans la racine, ensuite prendre le même bout que tu fais rentrer dans la racine, mais dans un autre sens et faire un noeud en attachant. Il faut reprendre l’opération sur toute ta tête, sur toutes tes locks.» 

Quels produits Kevyn utilise pour entretenir ses dreadlocks?

Au quotidien pour entretenir ses cheveux, il utilisait les produits de la gamme Mango and Lime, losqu’il vivait en Côte d’Ivoire : un shampoing pour laver ses cheveux,un après-shampoing pour compléter le lavage et un spray hydratant (surtout à cause de la bonne odeur ). Lorsqu’il se déplaçait au salon, les coiffeuses utilisaient le gel de la même marque pour retwister les locks.

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Une fois à Montréal, il a commencé à utiliser une nouvelle marque de produits qui marchait du tonnerre sur ces cheveux : Les Karités.

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Les produits de la gamme : Les Karités

Malheureusement ces produits étaient difficiles à trouver à Montréal, il a donc adopté finalement les produits de la gamme « Cantu Shea Butter »dont il utilise le shampoing, l’après shampoing et le spray « Come back curl » pour revitaliser ses mèches.

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Comment savoir si un produit est bon pour vos locks?

Lorsque vous entretenez vos cheveux, beaucoup de recommandations vous seront faites sur quoi utiliser, quoi ne pas utiliser. Mais le maître final demeure vous-mêmes. Vous êtes la seule personne à pouvoir déterminer quel produit marche pour vous ou pas. Dans le cas de Kevyn, il se fie surtout à la texture de ses cheveux après utilisation du produit. C’est de cette façon qu’il a adopté par exemple les produits de la gamme Cantu Shea Butter. Ces produits ne lui rendaient pas les cheveux secs après utilisation comme beaucoup d’autres produits avant. Il a eu à essayer beaucoup de shampoings en grande surface, mais son constat a été que ces produits étaient plus adaptés aux cheveux de type caucasiens qu’aux siens. Ses cheveux ne réagissaient vraiment pas bien après leur utilisation, il s’est donc fait à l’évidence : il lui fallait des produits plus adaptés. D’où son choix final pour la gamme Cantu Shea Butter.

Qu’est-ce que tu es supposé faire comme soins exactement lorsque tu as des locks?

-Des shampoings réguliers

«Il est recommandé de faire ses shampoings une à deux fois par semaine, m’a dit Kevyn. Plus que ça, serait beaucoup trop. Moi, je lave deux fois par semaine, parce que j’aime avoir les cheveux qui sentent bons»  Après son shampoing, Kevyn lave ses cheveux avec de l’après-shampoing. Une fois ses cheveux lavés, il rajoute souvent un spray hydratant pour avoir des cheveux qui sentent bons. Dans l’ensemble, ses locks ne lui demandent pas beaucoup d’efforts d’entretien : «Le matin je me lève, je me regarde un peu dans le miroir pour arranger mes locks et c’est tout. Je ne mets pas vraiment de produits, comme des pommades et autres parce que je n’aime pas avoir, ni toucher des cheveux gras».

-Bien essorer ses cheveux après les avoir lavés.

«Ce qui est compliqué avec les locks, c’est que c’est comme des éponges, donc ça absorbe beaucoup d’eau. Il faut donc vraiment les essorer avant de les sécher. Ce que je fais, c’est que j’essore d’abord les cheveux sous la douche, ensuite je les sèche avec une serviette en épongeant toujours. Parce que l’eau peut rester à l’intérieur des locks, et ça ce n’est vraiment pas bon parce que ça peut développer de la moisissure Kevyn»

-À quelle fréquence il relockse ses cheveux?

Quand il vivait à Abidjan, il le faisait tous les 1 mois et demi, parce que ça lui revenait vraiment pas cher : autour de 40 $ si on fait la conversion. Mais à Montréal, il faut débourser autour de 70 $. Il a donc décidé d’espacer un peu plus la chose et le fait tous les 3 mois maintenant.

Quelques conseils qu’il donnerait à ceux qui veulent se lancer et commencer des locks

1- Beaucoup lire sur le sujet. Bien s’informer, faire suffisamment de recherches sur le sujet avant de se lancer.

2- Il faut être à assumer le regard des autres parce que quand tu débuteras tes locks, tu seras la cible de nombreux préjugés.

3- Il faut être prêt à te défendre dans le monde professionnel, parce que sur le marché du travail, les dreadlocks, c’est mal vu :

«Moi pour une entrevue, j’attache toujours mes cheveux pour paraître vraiment très clean, je ne laisse jamais mes cheveux complètement détachés. Parce que quoi qu’on en dise, les gens associent encore les locks à la drogue et à plein d’autres trucs négatifs» Kevyn

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Les cheveux restent attachés dans le monde professionnel

4-Laver ses cheveux régulièrement pour ne pas contribuer à perpétuer les préjugés sur les locks.

«Quand tu as de locks, tu es supposé laver tes cheveux régulièrement. Malheureusement, il y a des personnes qui portent des locks et qui font vivre justement en ne suivant pas cette règle eux-mêmes. Je pense que lorsque tu portes cette coiffure, tu deviens un peu un ambassadeur de la chose, donc il faut faire attention.» Kevyn.

Le mot de la fin : Les dreadlocks  contribuent vraiment à augmenter la confiance en soi. Je le remarque depuis que j’en porte. Ça fait toujours plaisir de se faire aborder dans la rue et de recevoir des compliments. Les locks, c’est vraiment un aimant à femmes!

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Création du contenu : Laurence Bodjrenou

Interviewé : Kevyn B.

Graphisme et direction artistique : Laurence Bodjrenou

Photographie : Ernsline Pierre 

Copyright : Harmonie & Boucles

3 commentaires sur “Les dreadlocks, un véritable aimant à femmes

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